lundi 25 mars 2019

IHEDN : Bertrand Badie, le monde se désoccidentalise


L'Ecole Militaire, siège de l'IHEDN


Un établissement conçu par le Maréchal de Saxe et voulu par Louis XV


Bernard Badie : séance dédicaces dans le Salon des Maréchaux

Dans un contexte international incertain et changeant, les nouvelles menaces, désormais multiformes et diffuses, exigent une prise de conscience pour tous le citoyens.
Parce que le monde est moins lisible et plus fluctuant, les questions de défense et de relations internationales sont, aujourd’hui, au premier plan et requièrent des réponses pertinentes, des réponses auxquelles chacun doit prendre part.

C’est dans le cadre des « Lundis de l’Ihedn » (1) que l’institut propose des conférences publiques de haut niveau, afin de décrypter un environnement de plus en plus complexe, permettant, à chacun, de se situer et de susciter des échanges sur les questions clés du moment.

Les thèmes, centrés sur l’actualité et traités par les meilleurs experts, sont le rendez-vous mensuel indispensable de toute personne désireuse d’approfondir les grands enjeux de la politique de défense de la France et de l’Europe et les nouveaux défis géostratégiques du monde contemporain.

Ainsi Bertrand Badie était-il l’invité du 25 mars 2019 dernier pour développer sa vision de la désoccidentalisation du monde.


L'amphithéâtre Foch fait salle comble


Un auditoire... 


... attentif




La traditionnelle session des questions-réponses

Né le 14 mai 1950 à Paris, Bernard Badie est l’un des meilleurs spécialistes en relations internationales.
Il est professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI).
Il est en outre agrégé de science politique.
Il dirige en outre avec Dominique Vidal la collection « L'état du monde » aux éditions de La Découverte :
ils publient chaque année, depuis 2010, un ouvrage collectif sur l'état du monde actuel.

Bertrand Badie transpose en relations internationales des cadres d'analyse hérités de la sociologie durkheimienne.
Il aborde les conflits et crises internationales comme des pathologies sociales, héritées d'un système international producteur d'anomie (situation de perte de repères), d'exclusion ou d'humiliation.
La solution repose - selon lui - sur la notion d'intégration sociale internationale (pour les États comme pour les sociétés), à travers notamment la mise en œuvre d'un multilatéralisme inclusif.

Son ouvrage « Nous ne sommes plus seuls au monde » (2016) propose, à rebours de l'idée selon laquelle le monde serait « indéchiffrable » :
des clés de lecture destinées à transformer les logiques de polarisation de la politique mondiale.
Il invite ainsi à se départir des catégories d'analyse issues de la guerre froide, pour placer au cœur de l'analyse et des politiques étrangères non seulement les sociétés, mais le respect de l'altérité, ce qui implique l'abandon des interventions unilatérales, qui confondent « l'acte de régulation » et « l'acte de puissance ».
Engagé, l'ouvrage dénonce le « tournant néoconservateur » suivi par la politique étrangère française depuis 2003, qui procède - selon l'auteur - d'une vision hiérarchique des cultures justifiant les interventions militaires.
D'après le magazine Les Inrocks, Bertrand Badie prône la réactivation de la « puissance d'imagination et d'écoute » de la diplomatie.
Selon Badie, la diplomatie est là « pour faire vivre la négociation qu’on voit s’atrophier au fil du temps et dont on s’est même étonné de la voir renaître à la faveur de l’accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien ».

Dans "Le temps des humiliés" (2014), il développe une perspective historique et sociologique sur la banalisation de l'humiliation en relations internationales, ses causes (héritage de la décolonisation, dérégulation de la puissance, structure institutionnelle) et ses conséquences en matière d'exclusion et d'instabilité du système mondial.
Il établit en particulier une typologie des formes d'humiliation (rabaissement; déni d'égalité; relégation; stigmatisation).
IL démontre que ces dernières produisent des types spécifiques de diplomatie (revancharde; souverainiste; contestataire; déviante) qui pèsent sur la qualité de la coopération internationale.

"La diplomatie de connivence" (2011) revient sur la manière dont le système international contemporain, en tentant de reconstituer la « diplomatie de concert » héritée du Congrès de Vienne de 1815, suscite la contestation et parfois le conflit.
La « diplomatie de clubs » exercée à travers les directoires que sont le G8 ou le G20, sous couvert d'efficacité ou de représentativité démocratique, crée un système international à plusieurs vitesses reflétant la prétention des « grands » à piloter le monde.
Ce système produit la contestation des États exclus des processus décisionnels (Venezuela, Iran) mais aussi le rejet des opinions publiques qui ne se sentent pas représentées dans ces instances oligarchiques.

"Le diplomate et l'intrus" (2008) s'intéresse à l'irruption de demandes des sociétés (concernant les inégalités, l'environnement...) dans l'arène internationale mondialisée, qui vient troubler la grammaire de relations internationales classiquement définies comme le jeu du diplomate et du soldat (Aron).
L'entrée des sociétés, en redéfinissant les enjeux et en restructurant les conflits, incite à déplacer l'analyse des échanges interétatiques vers les interactions transnationales.
Elle requiert le passage d'une lecture stratégique vers une approche sociologique et plaide pour une gouvernance favorisant l'intégration sociale au niveau mondial.

Dans "L'impuissance de la puissance" (2004), Bertrand Badie théorise l'évolution du concept de puissance dans les relations internationales, soulignant que l'accumulation de ressources matérielles (militaires et économiques, en particulier) ne suffit plus à maîtriser un jeu international caractérisé par la multiplication des acteurs.
L'idée d'unipolarité, populaire au lendemain de la guerre froide, est donc illusoire dans un système marqué par les conflits asymétriques, les flux ou réseaux transnationaux et l'émergence d'acteurs dont la capacité de nuisance suffit à bouleverser le jeu international.

"La fin des territoires" (1995) montre que la référence des relations internationales contemporaines qu'est le territoire a perdu de sa pertinence, à la suite de trois évolutions :
la mondialisation, la fin de la guerre froide et de la bipolarité qui se fondait sur une vision territorialisée du monde et la crise des États (financement, indépendances des banques centrales, fin de l'État-providence).
On observe ainsi la multiplication des espaces dans lesquels l'État n'intervient plus et sur lesquels son contrôle disparaît (guerres civiles, États faillis comme la Somalie, zones militarisées comme en Colombie), mais aussi à l'émergence d'États dont le poids international est lié à la capacité à s'organiser en réseaux plus qu'à leur contrôle territorial (Singapour, le Qatar).
L'État est, en outre, concurrencé par des acteurs ou organisations non-étatiques (ONG, multinationales, flux transnationaux) susceptibles d'influencer les relations internationales et de susciter des allégeances concurrençant celles des individus aux États-nations.

(1) Ihedn
établissement public, à dimension interministérielle, placé sous la tutelle du Premier ministre, l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) a pour mission de développer l’esprit de défense et de sensibiliser aux questions internationales. Il s’adresse à un large public de civils et de militaires, français et étrangers.

La défense, la politique étrangère, l’armement et l’économie de défense, constituent les principaux champs disciplinaires des formations, longues ou courtes, dispensées aux niveaux régional, national et international.

Avec les « Lundis de l’Ihedn », l’institut propose des conférences publiques de haut niveau, afin de décrypter un environnement de plus en plus complexe, permettant, à chacun, de se situer et de susciter des échanges sur les questions clés du moment.

Les thèmes, centrés sur l’actualité et traités par les meilleurs experts, sont le rendez-vous mensuel indispensable de toute personne désireuse d’approfondir les grands enjeux de la politique de défense de la France et de l’Europe et les nouveaux défis géostratégiques du monde contemporain.



Le Salon des Maréchaux, ancien bureau de Napoléon



Cet éclat , un témoin de la Commune de Paris de 1871



La vue sur le Champ de Mars



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