mercredi 2 décembre 2020

JEAN-MICHEL BASQUIAT à la Fondation Louis Vuitton

 


Autoportrait Warhol et Basquiat







A voir jusqu’au 21 janvier 2019 à la Fondation Louis Vuitton :
l’exceptionnelle rétrospective Jean-Michel Basquiat

L’exposition conjointe Basquiat-Schiele à la Fondation Louis Vuitton met en perspective deux géants de l’art.
Sont ainsi confrontées les œuvres des deux artistes qu’un demi-siècle et l’Atlantique séparent, mais dont la vision crue du monde établit une proximité.

Fréquemment de nos jours l’habitude revient d’exposer les artistes non plus seuls, en rétrospective monographique à la façon du Grand Palais, mais par paire.
Ainsi, dans le passé, a-t-on vu en même temps, à Amsterdam ou à Paris, Caravage et Rembrandt, Van Gogh et Munch, Matisse et Picasso.
L’été passé, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), c’était Picasso et Picabia, et cet automne, à Londres, Mantegna et Bellini.

Mais, plus rares, il y a eu quelques triades, dont celle qui a réuni Turner, Whistler, Monet.

L’œuvre de Jean-Michel Basquiat, l’un des peintres les plus marquants du XXe siècle, se déploie dans quatre niveaux du bâtiment de Frank Gehry de la Fondation Louis Vuitton.

L’exposition parcourt, de 1980 à 1988, l’ensemble de la carrière du peintre en se concentrant sur plus de 120 œuvres décisives. À l’image des Heads  de 1981-1982, pour la première fois réunies ici, ou de la présentation de plusieurs collaborations entre Basquiat et Warhol, l’exposition compte des ensembles inédits en Europe, des travaux essentiels tels que Obnoxious Liberals (1982), In Italian (1983) ou encore Riding with Death (1988), et des toiles rarement vues depuis leurs premières présentations du vivant de l’artiste, telles que  Offensive Orange  (1982), Untitled (Boxer)  (1982), et Untitled (Yellow Tar and Feathers)  (1982).


Dès la sortie de l’enfance, Jean-Michel Basquiat quitte l’école et fait de la rue de New York son premier atelier. Rapidement, sa peinture connaîtra un succès à la fois voulu et subi. L’exposition affirme sa dimension d’artiste majeur ayant radicalement renouvelé la pratique du dessin et le concept d’art. Sa pratique du copier-coller a frayé la voie à la fusion des disciplines et des idées les plus diverses. Il a créé de nouveaux espaces de réflexion et anticipé, ce faisant, notre société Internet et post-Internet et nos formes actuelles de communication et de pensée. L’acuité de son regard, sa fréquentation des musées, la lecture de nombreux ouvrages lui ont donné une réelle culture.
Mais son regard est orienté :  l’absence des artistes noirs apparaît avec une douloureuse évidence ; l’artiste s’impose alors de faire exister, à parité, les cultures et les révoltes africaines et afro-américaines dans son œuvre.

Le décès de Basquiat en 1988 interrompt une œuvre très prolifique, réalisée en à peine une décennie, riche de plus de mille peintures et davantage encore de dessins. L’exposition se déploie sur près de 2500m2. Elle s’organise chronologiquement, mais aussi par ensembles d’œuvres définissant des thématiques et dictant des rapprochements. Pour Dieter Buchhart, « L’exposition suit sa création, depuis ses premiers dessins et travaux monumentaux jusqu’aux sérigraphies, collages et assemblages plus tardifs, mettant en lumière son inimitable touche, son utilisation de mots, de locutions et d’énumérations et son recours à la poésie hip hop concrète. À l’existence de l’homme afro-américain menacée par le racisme, l’exclusion, l’oppression et le capitalisme, il oppose ses guerriers et héros. »

De son côté, dans le magazine Le Point Afrique, Roger Maveau apporte son éclairage sur un Basquiat qui impose visuellement et symboliquement la figure noire, grande oubliée de l'art occidental :
« Il ne cesse de s'intéresser à l'histoire et aux traditions de la diaspora africaine comme pour Exu, la divinité yoruba liée au voyage, dont le culte s'est transmis en Amérique à la suite de la traite négrière atlantique. Cet intérêt se double d'une révolte devant la discrimination raciale.
« Quand Basquiat hélait des chauffeurs de taxi dans la rue et même les jours où il était très élégant, habillé en costume Armani, les voitures ne s'arrêtaient pas », rappelle Dieter Buchhart, qui poursuit : « Il a été le témoin des brutalités des forces de l'ordre. En 1983, un de ses amis, Michael Stewart, est tué par un policier. »
Ses héros, tels le saxophoniste Charlie Parker ou le boxeur Jack Johnson, premier champion du monde poids lourds noir au début du XXe siècle, sont représentés dans des attitudes de vainqueurs. À cette époque ségrégationniste, la boxe permettait à un Noir de frapper un Blanc sans être lynché.
« Basquiat se reflète dans ses figures de boxeurs noirs et de musiciens de jazz, mais aussi de victimes de la brutalité policière et du racisme au quotidien », conclut Dieter Buchhart :
« Il relie l’Atlantique noire, la diaspora africaine, l’esclavage, le colonialisme, la répression et l’exploitation avec la période dans laquelle il vit, le New York des années 1980, ne perdant jamais de vue ses propres conditions d’existence ni celles de l’humanité en général. »



































































































































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