dimanche 9 février 2020

OLIVETTI PROGRAMMA : il y a 55 ans, le premier ordinateur personnel de l’histoire


En janvier 1973 est présenté comme étant le premier micro-ordinateur, le Micral conçu par François Gernelle de la société R2E dirigée par André Truong Trong Thi. Basé sur le premier microprocesseur 8 bits d'Intel, le i8008, ses performances étaient censées en faire le plus petit ordinateur moderne de l'époque.
Le processeur était cadencé à 500 kHz pour une mémoire RAM de 8 ko en version de base.
Quant au prix , correspondant à son prix : 8 500 francs, soit 12 000 euros ou le prix d'une petite automobile d'aujourd'hui.

Mais contrairement à ce soutient la communauté francophone, le premier micro-ordinateur n’est pas français !

En réalité c’est huit ans auparavant qu’a été inventé le premier ordinateur personnel de l’histoire, et il est… italien !
C’est la firme italienne Olivetti qui en est à l’origine en 1964, elle le commercialisera l’année suivante, soit tout juste 55 ans !!

Olivetti avait été fondée en 1908 afin de produire des machines à écrire et dès 1940 elle se lançait aussi dans la fabrication de machines à calculer. La Programma 101, ou P101, fut l’un des premiers ordinateurs personnels au monde – sinon même le premier -.
Elle fut conçue par une équipe des plus restreintes constituée de l’ingénieur Pier Giorgio Perotto (la P101 sera aussi connue sous le nom « Perottina ») assisté de trois autres ingénieurs. Sa mise au point se fit entre les années 1962 et 1964 et elle fut produite de 1965 à 1971.

La P101 fut présentée au public pour la première fois à l’exposition Universelle de New York de 1964 : en octobre 1965 exactement ! Présentée est un bien grand mot car Olivetti avait plutôt décidé de dévoiler sa nouvelle calculatrice mécanique, la Logos 27. Quant la Programma 101, elle était cachée dans une petite arrière-salle.

En effet, la nouvelle direction d’Olivetti n’arrivait toujours pas croire en ce projet et se contentait de la présentation de ce prototype comme d’une bizarrerie d’un hypothétique intérêt.
Il faut s’avoir qu’à l’époque les ordinateurs étaient d’énormes machines occupant une ou plusieurs pièces et dont l’accès était très strictement réglementé.

Le programme de la P101 a finalement été dévoilé au grand public dans le cadre de l’exposition universelle en Octobre 1965. A cette époque les ordinateurs étaient largement considérées avec suspicion ! Il était donc prévisible que cette innovation aurait peu d’impact.

Lors du dévoilement, le présentateur d’Olivetti expliqua à l’audience qu’il serait maintenant possible de calculer… l’orbite d’un satellite !
Le même présentateur introduisit alors une carte programme, fit quelques pas de côté et quelques secondes plus tard l’ordinateur commença à imprimer le résultat !
Pour nous aujourd’hui c’est à peine impressionnant, mais il y a 55 ans c’était une révolution absolument extraordinaire !

Des calculs pour la conquête spatiale

Le succès fut immédiat et considérable :
il apparaissait clairement qu’Olivetti tenait entre ses mains un énorme succès potentiel.
En fait Olivetti venait de dévoiler au monde entier le premier ordinateur personnel de l’histoire !
La P101 fut dès lors la vedette du stand Olivetti. Les gens avaient peine à imaginer qu’un objet d’une si petite taille puisse être un ordinateur entièrement fonctionnel. Certains ont même soupçonné qu’il y avait câbles connectés à un ordinateur plus grand caché quelque part dans les coulisses.

Et la presse réserva un accueil enthousiaste avec des articles dans Business Week et le Wall Street Journal portant des titres tels qu’« un ordinateur de la taille d’une machine à écrire, posé sur un bureau. » La production de masse commença peu après et il s’écoula environ 40 000 unités au prix de 30 000 dollars d’aujourd’hui. Un succès commercial phénoménal pour l’époque !

Cette somme de 30 000 dollars –soit le prix d’une belle automobile d’aujourd’hui - peut sembler considérable mais en fait ce n’était rien par rapport au coût d’acquisition d’un ordinateur central – « mainframe » – ou même sa location pour une durée sur un mois seulement. En effet, l’option alternative coûtait dans les années 60 aisément 100 000 dollars ! Olivetti venait de créer un nouveau marché, celui de l’ordinateur personnel ou du micro-ordinateur…

Dans la pratique il est intéressant de noter que la NASA fit l’acquisition d’au moins 10 Programma 101s et les a utilisées pour les calculs de l’alunissage de la mission spatiale Apollo 11 en 1969 ! La Programma 101 eut également un usage moins glorieux : le calcul des cibles pour les bombes des forteresses volantes B52 durant la guerre du Vietnam… Par la suite la Programma 101 ne vit poindre de concurrence qu’en 1968 avec le lancement de l’HP9100 de Hewlett-Packard, largement inspirée de la 101…

Quant à la suite, elle est connue de tous (la saga Apple et IBM qui fit appel à jeune étudiant du nom de Bill Gates pour contrer le premier en lui achetant la première version d’un système du nom de Microsoft)…

Programma 101
quelques spécifications techniques

Poids : 35,5 kg (78 lb)

Consommation : 350 W

Ecran : aucun ; seulement une petite imprimante et un rouleau de papier de 9 cm de large.

Mémoire :environ 240 octets.

Stockage : cartes magnétiques ; les programmes pouvaient être répartis sur plusieurs cartes si elles ne rentraient pas sur une seule.

CPU (unité centrale ou processeur) : aucune ; c’était avant l’invention des microprocesseurs et circuits intégrés ; la logique était constituée de transistors, de diodes, de résistances et de condensateurs soudés à la main .

Une structure simple de la machine

La Programma 101 se compose de six parties principales :

– le clavier qui permet d’exécuter immédiatement des opérations comme l’addition ou de rentrer un programme ;

– la mémoire qui stocke les données et les instructions ;

– une imprimante à rouleau ;

– un lecteur-enregistreur de cartes magnétiques ;

– une unité arithmétique et logique ;

– une unité de contrôle.

Mémoire : 240 octets !

Environ 240 octets seulement suffisaient à faire tourner la machine, en plus tous les composants étaient assemblés manuellement !

La Programma 101 dispose de 10 registres de processeur qui portent tous un nom :

– deux registres P1 et P2 sont utilisés pour le stockage des instructions où chaque registre contient 24 instructions ;

– deux registres, B et C, de 24 caractères chacun sont destinés aux données ;

– trois registres, D, E et F, permettent de stocker des instructions ou des données ;

– enfin trois registres, M (médian), A (accumulateur), et R (résultat) sont utilisés pour les calculs.

Olivier THIBAUD


En 1964, les inventeurs ...


... et aujourd'hui






P.S. La Programma 101, je l'ai utilisée en fac de sciences économiques pour effectuer des calculs sur des séries statistiques.
A cette époque les calculettes électroniques n’existaient pas.
Quant à la P101, j’étais le seul à l’utiliser : elle était placée sous sécurité dans une pièce dédiée et il fallait une autorisation écrite pour y accéder...

Un peu plus près de nous dans le temps, au début des années 80 je possédais une calculatrice de poche financière HP 12C aux fins de réaliser des régressions linéaires (aux fins de faire des prévisions de ventes pour une brasserie) :
elle est au catalogue Hewlett-Packard depuis... plus de 35 ans !
Une particularité de taille : la notation polonaise inverse (1) .
Pour la petite histoire, chez Goldman Sachs lorsqu'un collaborateur accède au rang d'associé on lui offre une HP 12C.

(1)
La notation polonaise inverse (NPI) (en anglais RPN pour Reverse Polish Notation), également connue sous le nom de notation post-fixée, permet d'écrire de façon non ambiguë les formules arithmétiques sans utiliser de parenthèses.
Dérivée de la notation polonaise présentée en 1924 par le mathématicien polonais Jan Łukasiewicz, elle s’en différencie par l’ordre des termes, les opérandes y étant présentés avant les opérateurs et non l’inverse.
La NPI a été inventée par le philosophe et informaticien australien Charles Leonard Hamblin dans le milieu des années 1950, pour permettre les calculs sans faire référence à une quelconque adresse mémoire.
À la fin des années 1960, elle a été diffusée dans le public comme interface utilisateur avec les calculatrices de bureau de Hewlett-Packard (HP-9100), puis avec la calculatrice scientifique HP-35 en 1972… et la calculatrice financière HP-12C en 1981.

O. T. 




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