jeudi 10 septembre 2020

PARIS RIVE-GAUCHE : invitation au PARCOURS DES MONDES

 

Institut de France


Poids akan à peser la poudre d'or


Manille, pièce d'accastillage de bateaux que les Portugais utilisaient comme monnaie d'échange

Arts primitifs, arts premiers, arts extra-européens : c’est le parcours des mondes qu’offre plus d’une quarantaine de galeries d’art au regard du collectionneur ou du simple amateur.

Cette année le Parcours des mondes célébrait sa 19ème édition du 8 au 13 septembre 2020 à Saint-Germain-des-Prés, à Paris Rive-Gauche (au carrefour de la rue de Seine, des rues Mazarine et Guénégaud) .

Une invitation au voyage qui nous conduit en Afrique, en Océanie, aux Amériques, en Asie, en Egypte, en Grèce pour la plus grande manifestation au monde du genre.

Pour cette édition nous avons la chance d’avoir un exceptionnel partenariat avec le musée de la Monnaie de Paris qui inaugurait une exposition sur les poids Akan (1) qui servaient principalement à peser la poudre d’or dans une région qui englobait toute une partie du Ghana (la bien nommée Gold Coast) et une partie de la Côte d’Ivoire.

Cette exposition est issue des deux collections les plus connues au monde : à donc ne pas manquer !

Alors ne manquez pas ce véritable musée à ciel ouvert !


(1) Les peuples akan (Afrique de l'Ouest), ashanti en particulier, usèrent de l’or comme moyen de paiement jusqu’à ce que s’imposent les monnaies coloniales au début du XXème siècle. Conservé en poudre dans de petites boîtes, cet or était pesé au moyen de balances et de poids dont l’innombrable variété ne cesse de surprendre.

Plus de 2000 de ces poids sont conservés dans la collection de la Monnaie de Paris, grâce à divers legs et dons, dont le dernier est survenu en 2018.

 À travers une sélection méticuleuse, le Musée du 11 Conti explique les origines et les originalités insoupçonnées de ces petites figures de bronze qui nous plongent dans le quotidien de cette région d’Afrique.

Le visiteur découvrira qu’au-delà de l’or pesé pour échanger, les poids disent bien autre chose qu’un simple prix !

Cet univers – éloigné de la métrologie occidentale – est recontextualisé au sein de la riche culture Akan et des relations qui lièrent l’Afrique – et notamment la Côte de l’or – avec l’Occident.

 Informations :

www.parcours-des-mondes.com

www.monnaiedeparis.fr


Akan, les valeurs de l’échange

L’or pour monnaie, le poids pour prix

Exposition jusqu’au 28 février 2021 au musée de la Monnaie de Paris

1. Afrique et Occident

Au milieu du XVe siècle, l’Europe manque d’or, en particulier pour répondre à ses besoins monétaires.

L’or africain est alors connu, mais son commerce est monopolisé par les marchands arabes qui s’approvisionnent au moyen des routes caravanières transsahariennes.

Les Portugais vont se lancer à sa recherche en tentant le contournement par l’ouest du continent. À leur arrivée en 1474 s’ouvrent alors la voie océanique et le commerce avec le monde chrétien.

Les Akan obtiennent en échange de leur or des objets en alliages cuivreux. À partir du XVIIe siècle la royauté ashanti accroît sa supériorité sur les autres royaumes akan au point qu’à la fin du XVIIIe siècle, celle-ci s’étend depuis sa capitale, Kumasi (Ghana), sur une grande partie du monde akan. 

En 1874, lors d’une guerre mémorable, les Ashanti sont vaincus par les Anglais. Ces derniers deviennent les nouveaux souverains de ce que l’on nomme désormais la Gold Coast (Côte-de-l’Or). Le domaine ashanti est déclaré colonie de la Couronne britannique en 1901, en même temps que les territoires du nord deviennent protectorat.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les peuples de l’intérieur des terres – Ashanti en tête –, fournisseurs d’or, font jouer la compétition entre acheteurs européens et posent leurs conditions en fixant leurs prix. Même chose pour les peuples côtiers, qui servent d’intermédiaires entre les Européens et les peuples de l’intérieur. Ils mettent en place des droits de passage qui enrichissent les souverains locaux et les «courtiers» indigènes. Les Européens, qui n’ont pas accès à l’intérieur des terres, dépendent donc des chefs côtiers pour leur établissement, et demeurent tributaires des relations entre les royautés akan.

Les Akan obtiennent ainsi armes à feu et munitions en bien plus grande quantité que n’importe quel autre peuple africain de cette époque. Les marchandises abondent

2. À la rencontre des Akan

Les habitants du sud-ouest du Ghana et du sud-est de la Côte d’Ivoire appartiennent à un même peuple, les Akan, organisé en royaumes distincts. Le royaume de Bono-Mansou, qui remonte au XIVe siècle, s’étendait dans la région des sources de la rivière Tano – considérées comme sacrées –, où abondaient à la fois l’or alluvial et la cola. À la même époque, le royaume Fanti commençait à prospérer sur la zone côtière. De nombreuses rivalités firent s’affronter les royaumes akan.

Dans les dernières années du XVIIe siècle, le roi des Ashanti, jouant de «magie», fit descendre du ciel un «trône d’or», alors que les chefs des principaux clans akan se trouvaient rassemblés autour de lui. Représentation visible de l’âme des Akan, ce trône fédéra les chefferies plus modestes. Divisé politiquement, le monde akan est en revanche profondément uni sur tous les autres registres (religieux, social, culturel). 

De nos jours, les Akan constituent toujours une population extrêmement active et influente des États ivoirien et ghanéen.

3. L’or pour monnaie, le poids pour prix

En domaine akan, les échanges se monnayent depuis le XIXe siècle en poudre d’or, que l’on pèse au moyen de graines d’abrus precatorius (1/10e de nos grammes) et de poids en alliages cuivreux. Balances, boîtes à or et cuillères complètent la panoplie (dja) nécessaire à toute transaction.

Le système d’échanges akan interpella les ethnologues occidentaux car chaque système pouvait en effet, en un même lieu, différer selon l’usage. Ainsi les pesées dans un cadre d’échange commercial ou pour le règlement d’une dette étaient-elles sensiblement différentes. Henri Abel – qui légua sa collection de 1060 poids akan à la Monnaie de Paris – a avancé un système poids forts/poids faibles variant selon le statut social de l’individu et permettant des transactions à prix constant sur la base de poids variables. Les innombrables dessins qui ornent les poids géométriques qu’Abel tenta de décrypter échappent toujours à notre compréhension.

4. Un univers de petits poids

À la différence de l’or, le cuivre est rare en pays akan. Aussi la refonte des objets en laiton occidentaux est-elle d’usage. 

En 1819, Thomas Edward Bowdich nous décrit la fabrication d’un moule: «Pour faire le modèle de l’objet que l’on veut exécuter, on met un morceau de cire sur un bloc de bois uni que l’on place près du feu sur lequel est un vase rempli d’eau bouillante ; on [y] trempe une espèce de spatule de bois dont on se sert pour amollir [et sculpter] la cire. Quand le modèle est terminé, on l’entoure d’une composition d’argile mouillée et de charbon réduit en poudre qu’on a soin de presser tout autour pour former un moule qu’on fait sécher au soleil. Ce moule est terminé à sa partie supérieure par une espèce de petit entonnoir.» Le moule est mis au feu non sans avoir préalablement ménagé à l’autre extrémité un petit orifice destiné à l’évacuation de la cire fondue. Vient ensuite l’étape de la fonte du sujet: le moule est placé, entonnoir en bas, sur un petit creuset de même matière rempli de laiton à fondre. L’ensemble est enduit d’une couche de terre (poreuse pour laisser s’échapper les gaz de fusion) qui solidarise le tout. Le moule est ensuite mis au four, creuset en bas. Un changement de couleur des flammes (dû au gaz de fusion) indique que le métal est fondu. À l’aide d’une pince, le fondeur retourne le moule, faisant passer le métal du creuset dans le moule. Une fois refroidi, le moule est cassé et le sujet sorti, ébarbé, débarrassé de son canal et de son entonnoir. Le poids est enfin «décapé» dans une solution bouillante d’alun, de salpêtre et parfois de citron, puis séché.

Les poids akan se répartissent en poids géométriques et en poids figuratifs (animaux, objets du quotidien). La portée symbolique et proverbiale de ces derniers s’ajoute à la valeur pondérale. Mammifères, reptiles ou encore poissons, objets de plaisantes réadaptations, renvoient à des proverbes ou à des qualités inhérentes au chef que l’on suit en tout circonstance:

«Celui qui suit la trace de l’éléphant ne sera pas mouillé par la rosée» est une manière d’affirmer que le chef est aussi le protecteur du clan.

Pour sa part, le porc-épic évoque le peuple ashanti lui-même, dont «les guerriers sont comme les épines du porc-épic : s’il en tombe mille, il en revient autant».

5. Sika, l’or des Akan

L’or – à usage monétaire, de regalia ou de parure – est un matériau-clé du monde akan. Minier ou alluvionnaire, cet or a fait la fortune des Akan, et ce sont les Ashanti qui ont su habilement en tirer le meilleur parti. Dès le XVIIe  siècle, l’Asantehene – ou souverain ashanti – en a maîtrisé les gisements et les débouchés commerciaux, tout en fédérant autour de lui les autres royautés grâce à une habile politique matrimoniale.

Dans le palais royal de Kumasi repose le trésor du royaume ashanti. À l’instar du capital détenu par les familles dans leur dja, il est constitué de poudre d’or et placé sous la garde du chef des peseurs. Au-delà des coffres, et se nourrissant des influences culturelles venues par les routes commerciales du nord, les Ashanti couvriront d’or les attributs de la royauté (têtes de parasol, cannes, pommeaux de sabre…) et les porteront ostensiblement, ainsi que l’exprime Josette Rivallain en 1989: «Pendant les cérémonies, le souverain est drapé dans de somptueux vêtements (kente) et orné d’une réelle prolifération de bijoux essentiellement en or, distribués sur sa coiffure, autour du cou, des bras, des doigts et sur les sandales. Chacun d’eux exalte les qualités du roi et cette accumulation est signe de richesse, de pouvoir et de santé, indispensables au bon exercice de ses fonctions».

Pour les Akan, l’or est doté d’un esprit puissant, redoutable, car rien ne peut l’attaquer ou l’altérer. Aussi donne-t-il force et vitalité. Sur lui repose l’équilibre de la société, sa paix et sa santé. Il importe donc de le porter, de le montrer. Étapes de la vie – naissance, mort –, rites de passage – mariage –, cérémonies politiques.

Avec la pesée de l’or, les valeurs de l’échange vont au-delà d’un simple prix!

Une sélection des objets d'Afrique

(photos Olivier Thibaud, smartphone HUAWEI P30 Pro)

































La coupole de l'Institut, siège de l'Académie française

Le Louvre




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