lundi 18 novembre 2019

Mayenne : le Musée ROBERT TATIN fête ses 50 ans !




Tout à la fois peintre,céramiste, archisculpteur onirique, Robert Tatin est incontestablement un artiste protéiforme.
Né le 9 janvier 1902 à Laval et mort le 16 décembre 1983 à Cossé-le-Vivien il est surtout connu pour avoir créé un « Environnement d'art » spectaculaire devenu le Musée Robert-Tatin en 1969, à Cossé-le-Vivien en Mayenne.
Et c’est donc le cinquantenaire de ce musée inauguré par André Malraux en 1969 que l’on célèbre aujourd’hui.

Art naïf, surréalisme, art brut : il y de tout cela chez Robert Tatin.
Il y a chez lui un peu du facteur Cheval : néanmoins l’apparente désinvolture des formes qu’il crée dissimule une structure qui ne laisse aucune place au hasard !

Dans un premier temps il exerce tour divers emplois et activités artistiques.
Il devient notamment charpentier au trait (1), il est reçu Compagnon du Devoir en 1933.

Il monte une entreprise de bâtiment à Laval qu'il développe bientôt en y ajoutant la décoration, la peinture en bâtiment et la tapisserie.

La prospérité de son affaire lui permet de voyager, tout d'abord en Suisse, en Italie, en Espagne, en Belgique, en Angleterre, en Irlande ou en Afrique du Nord. Puis, en 1938, il découvre Amsterdam et New York.

Entre 1945 et 1950, Tatin achète un magasin de bougnat (café-charbon, établissement généralement détenu par un Auvergnat), rue de la Cerisaie à Paris, qu'il va peu à peu transformer en atelier de céramique installé dans le Marais à Paris.

Il côtoie les grands noms du monde des arts tels Jean Dubuffet, André Breton, Jean Paulhan, Jacques Prévert, Giacometti, Jean Cocteau, Aristide Caillaud, Benjamin Péret…

En 1950, l'Amérique du Sud, où il voyage pendant cinq ans, lui offre une notoriété internationale. Il découvre le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay, le Paraguay, le Chili et la Terre de Feu, s'imprégnant de la culture amérindienne.

De ses innombrables voyages, il retire une densité humaine, une philosophie et une extraordinaire qualité artistique.

De retour en France en 1956, il s'installe à Vence.
Il expose régulièrement dans les salons parisiens et à l'étranger tout en se donnant entièrement à la peinture.

Avec cette palette de formations et grâce à une pratique sans relâche, Robert Tatin est récompensé à plusieurs reprises par les professionnels de l'art.
À l'étranger il remporte notamment le premier prix de sculpture à la première Biennale de São Paulo (Brésil), en 1951, puis la médaille d'or au premier salon pauliste d'art moderne.
En France, c'est en 1961 qu'il reçoit le prix de la Critique, à Paris.

Puis ce natif de l’Epine d’Avesnières à Laval revient en Mayenne où il érige à l’âge de soixante ans au cœur du bocage mayennais - au lieu-dit La Frénouse à Cossé-le-Vivien - la plus spectaculaire des ses œuvres : son « étrange musée », un environnement d'art qu’il réalise en mortier de ciment peint : un ouvrage unique inspiré de tous ses périples.

Le 21 mars 1965, lors du passage du général de Gaulle à Cossé-le-Vivien, on remet une aquarelle signée Tatin au chef de l'Etat, et on lui présente l'auteur, qui est félicité par De Gaulle. Robert Tatin lui demande à rencontrer André Malraux pour obtenir le titre de musée et continuer l'édification de l'étrange musée.
En 1969, le musée est inauguré par Malraux !

Disparu en 1983, tout au long de sa vie Robert Tatin n'aura jamais cessé d'étudier, de suivre des formations, de lire, de s'informer.

Robert Tatin, poète et futurologue, a cherché une nouvelle dimension de l'homme :
une dimension où l'individu s'affirme en dehors du mécanisme bien huilé de la technique et de la culture.

Mais laissons la parole au critique d'art Otto Hahn.
Voici ce qu'il dit dans la préface du livre de Tatin, Étrange Musée, paru en 1977 :
« Mystique ou autodidacte, qui est ce Tatin qui ne s'exprime que par calembours ou paradoxes ? Compagnon de Rabelais, frère de Alfred Jarry et du douanier Rousseau, de neuf ans le cadet d'Alain Gerbault, Robert Tatin est un philosophe sans philosophie. Non un artiste peintre, mais un peintre de métier.
Un conte Zen éclairera son attitude.
Une des plus hautes disciplines étant le jeu de l'arc, l'archer Zen s'entraîne durant de longues années pour atteindre la perfection de son art. Lorsque chacun de ses coups touche le mille, il lui reste une dernière étape à franchir. Les yeux bandés, il s'enferme dans une chambre obscure. II bande son arc et tire douze flèches dont aucune ne rate la cible.
Un sens mystérieux ou surhumain permet-il à l'archer Zen de percer les ténèbres ? Non. Le Maître a seulement compris qu'il n'y a pas de but et que le centre est partout.
Pourquoi tant d'exercices et de méditations alors que, sans viser, tout débutant peut planter son trait entre le plafond et le plancher ?
Pour une simple raison : il faut une lente ascèse pour se détacher des habitudes mentales qui séparent la flèche de l'objectif. La cible, c'est la flèche autant que le tir. Nul but n'est fixé car chacun doit déterminer le sien. Sans oublier qu'il s'agit d'un jeu.
Peut-être une farce...
Dans toutes ses quêtes, Tatin retrouve la même réponse :
on n'atteint jamais le paradis, à moins qu'on ne le crée. Pour les uns, ce sera de fabriquer ses propres meubles, pour d'autres de s'associer à la mise au point d'une turbine nucléaire. Tatin, lui, a choisi de construire La Frénouse. Il ne prétend pas que ses statues soient supérieures à celles de Rodin ou plus modernes que les mobiles de Calder. Dans sa chambre obscure, avec sa truelle et son compas, il montre seulement où se cache la vie. »

(1) La méthode du trait de charpente remonte au XIIIème siècle et concerne la réalisation d'ouvrages complexes ainsi que la réhabilitation d'édifices anciens.
Cette longue et riche tradition du tracé dans la charpente française a valu à cette technique de la construction bois d’être inscrite en 2009 au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco.
Cette méthode, autrement appelée « trait de charpente », était déjà utilisée par les bâtisseurs au XIIIème siècle et vise à maîtriser la conception d'un ouvrage complexe en bois en trois dimensions.
Elle permet d'exprimer par le dessin, et avec la plus grande précision, la réalité des volumes, les différents éléments de charpente qui composent l'ouvrage et leur imbrication entre eux.
Grâce à cette méthode, le charpentier peut définir, avant la fabrication, toutes les pièces, aussi complexes soient-elles, qui forment la charpente et être assuré de leur parfait emboîtement au moment de l'assemblage.

Découvrir le Musée Robert Tatin :










Robert Tatin dans son atelier










Présentation par le conservateur du Musée Robert Tatin


Simon Cau, ARTIFY, présente l'Artothèque numérisée


Au 13ème étage de la Tour Montparnasse l'espace "M" (pour Mayenne) présente une rétrospective de l'oeuvre de Rober Tatin









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