jeudi 7 mars 2019

GALLIMARD – CONTINENTS NOIRS 18 ans déjà !



Une fois par an et cette année à la veille du Salon Livre Paris l’éditeur Gallimard tient en sa maison ce que l’on pourrait nommer une réunion de famille : celle de la collection Continents Noirs.
La collection Continents Noirs a été créée en 2000 par l’éditeur Antoine Gallimard – petit fils de Gaston Gallimard, fondateur de la prestigieuse maison - et l’écrivain traducteur Jean-Noël Schifano.


Antoine Gallimard


Jean-Noël Schifano

Souhaitée par Antoine Gallimard qui en confie dès janvier 1999 la création et la direction à Jean-Noël Schifano, écrivain-éditeur et ardent découvreur de talents, Continents Noirs offre ses cinq premiers titres en janvier 2000.



Continents Noirs - au pluriel - ce sont des auteurs de tous les continents. Et, dès sa création décomplexée, cassant toute frontière, la nouvelle collection de la rue Gaston Gallimard a été la plus décriée de l’histoire de la maison Gallimard, certains auteurs et journalistes lui reprochant d’être communautariste. Toutefois cette polémique cessera au fil des années avec la publication de livres qui démontrent que le seul point commun de tous ses auteurs est l’exigence littéraire.

18 ans pour une collection culte…

Laissons la parole au directeur de la collection, Jean-Noël Schifano :
« Voulue par Antoine Gallimard, toujours attentif à ses côtés (l’idée de la collection nous est née entre Paris et Libreville en janvier 1999, et les cinq premiers titres sont sortis fin janvier 2000), « Continents Noirs » est devenue, au fil des années, une collection de découvertes et d’affirmations où, comme nous le souhaitions dès le départ, s’invente et se développe la pluralité des écritures dans la littérature de la diaspora africaine. Une littérature africaine, afro-européenne, diasporique qui, aujourd’hui, fait le tour du monde puisqu’un écrivain de Nouvelle-Calédonie, Frédéric Ohlen, nous a donné son premier roman en 2014, l’historique Quintet. Rejoignant ainsi les 41 auteurs qui ont publié et publient dans « Continents Noirs ». Les deux « s », qui n’auront échappé à personne, signifient d’abord que chaque écrivain est un continent et que son écriture de liberté issue du continent africain parcourt le monde sur les traces profondes et continues des migrations. Des écritures poreuses, en expansion, métamorphoses, contrastes infinis, réalistes baroques, où les auteurs, avec une exigence singulière, s’approprient la langue française, l’aiment, la pétrissent, la métissent, l’exaltent et poussent sans limites son expression. »

Continents Noirs c’est quelque 120 livres parus en 18 ans à raison de 6-7 par ans, soit une cinquantaine d’auteurs.
Collection exigeante et élitiste puisque sur 300 manuscrits reçus chaque année c’est donc à peine plus de 2% qui seront publiés !

Deux anniversaires…

Cette réunion annuelle est l’occasion d’évoquer les nouvelles parutions.
Nous retiendrons Tchicaya U Tam’Si et la publication des œuvres complètes III « Ces fruits si doux de l'arbre à pain - La main sèche - Légendes africaines » (1) présentées à l’occasion du 30ème anniversaire de sa mort par Henri Lopes et Jacques Chevrier.


Henri Lopes


Jacques Chevrier

C’est aussi les 50 ans d’accession de Maurice à l’indépendance : une île qui étonne par le foisonnement d’auteurs de qualité (J.M.G. Le Clézio, Ananda Devi, Marie-Thérèse Humbert…).
Et pour l’occasion c’est Gaël Octavia qui présentait son premier roman « La fin de Mame Baby » (2).

Gaël Octavia




De son côté le Togolais Théo Ananissoh présentait un puissant et haletant « Delikatessen » (3).


Théo Ananissoh

Et pour ne pas déroger aux habitudes de la maison, la soirée s’est poursuivie par un superbe buffet – cette fois-ci – de cuisine ivoirienne arrosée de jus de bissap, gingembre et tamarin…

(1) «Ces fruits si doux de l'arbre à pain recèle toutes les obsessions de l'écrivain : la tradition, la famille, l'inceste et la trahison. Ce qui lui confère une plénitude telle qu'à sa parution Michel Tournier le salue avec enthousiasme : "Ah! quel beau Goncourt ferait ce livre!" 
Tchicaya U Tam'si appartient à une génération qui a été à l'école de l'oralité, où l'on apprenait l'histoire via les gestes, les apologues et la littérature à travers les proverbes. À ce propos, il disait souvent à ses amis : "Je n'écris pas, je rends conte." Et des contes de la tradition, il fait un miel de la modernité. 
On retrouve cet imaginaire dans La main sèche, son recueil de nouvelles. Un livre capital, que l'auteur même considérait comme le sommet de son œuvre, à cheval entre sa poésie et ses romans, alternant avec bonheur légèreté et pesanteur existentielles. La main sèche est, selon l'heureuse formule d'Hubert Juin, un "livre qui danse".»



(2) Le Quartier est une petite ville de banlieue où se croisent les destins de quatre femmes. Mariette, recluse dans son appartement, qui ressasse sa vie gâchée en buvant du vin rouge. Aline, l'infirmière à domicile, qui la soigne et l'écoute. Suzanne, la petite Blanche, amante éplorée d'un caïd assassiné. Mame Baby, idole des femmes du Quartier, dont la mort est auréolée de mystère. À travers la voix d'Aline, de retour dans le Quartier qu'elle a fui sept ans auparavant, les liens secrets qui unissent les quatre héroïnes se dessinent... 
La fin de Mame Baby raconte avant tout, avec finesse, grâce et passion, l'art qu'ont les femmes de prendre soin les unes des autres, de se haïr et de s'aimer.



(3) «Soudain, ils sont devant la mer océane. L'infinie et mugissante masse liquide. Cette agitation immémoriale. Les phares éclairent les vagues têtues et leur écume blanchâtre. Énéas prend peur ; véritablement. On retrouvera peut-être son corps gonflé d'eau salée plus loin à l'est, sur la plage d'Aného, la ville, le pays de ses parents. Ils vont le noyer! Voilà ce qu'ils ont en tête.» 
Lomé, Porto, Aného en Afrique de l'Ouest. Des villes baignées par l'Atlantique. Ensoleillées le jour, venteuses la nuit. Un ballet à haut risque. Quatre hommes et une femme. Point de fixation de tous les désirs : Sonia Sika, trente-deux ans, deux enfants, célèbre animatrice d'une télé locale, gérante d'un bistrot, en instance de divorce. Les hommes sont d'âges, de conditions et de qualités opposés. Prise au jeu de la séduction, Sonia esquive, s'abandonne, s'échappe. C'est la folle et périlleuse danse des ardeurs dans une société où tout naît, croît et se métamorphose sur la plus obscène corruption.



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